tirelireSi savoir tenir un budget peut paraitre superflu en période de forte croissance du pouvoir d’achat, lorsque celui-ci se contracte (comme cela a été le cas pour les ménages français en 2012), cette qualité devient alors une nécessité. Car il ne faut pas compter sur un ajustement mécanique des dépenses sur le pouvoir d’achat. Nos comportements de consommation reflètent, pour partie, des habitudes et des normes sociales qui ne changent pas instantanément avec notre situation budgétaire personnelle. Cette inertie comportementale peut alors nous faire passer dans le rouge en période de vents contraires.

Savoir tenir un budget implique de se fixer préalablement un budget (équilibré) puis de s’y tenir. Deux compétences qui peuvent manquer au ménage comme elles ont manqué aux gouvernements français ces quarante dernières années… Elles se heurtent aux limites psychologiques des individus, que ce soient les limites des capacités cognitives (le traitement des informations) ou conatives (la capacité à tenir un effort). Les capacités d’attention, de mémoire, d’anticipation et d’imagination sont bornées, au même titre que le contrôle de soi et la volonté.

Il est ainsi difficile de préparer un juste budget qui inclut tous les différents postes de consommation et les différents motifs d’épargne (précaution, retraite, projets…). Certaines consommations sont imprévues (la réparation de la voiture) quand d’autres sont négligées car minuscules (les tickets de parking) ou relèvent de prélèvements automatiques (l’abonnement au club de gym) rentrés dans les mœurs mais pas dans le budget… Pire, certaines factures correspondent à d’anciennes consommations que l’on a déjà oubliées mais que l’on n’a pas encore réglées (l’écran plasma acheté à Noël). L’implémentation du budget pose tout autant de problèmes. Le budget « sorties » peut se retrouver submergé par les demandes pressantes de la vie sociale et culturelle : un vieil ami de passage, un nouveau film qui sort, une expo à ne pas manquer… Difficile de résister. Et tous ces extras sont autant de ressources qui manqueront à d’autres postes moins immédiatement gratifiants, notamment l’épargne.

Les méthodes informelles généralement utilisées pour tenir son budget sont imparfaites, à commencer par la comptabilité mentale. Celle-ci, largement documentée par les travaux en économie comportementale, rassemble tous les procédés mentaux explicites ou implicites visant à catégoriser et organiser dépenses et revenus afin de les contrôler et se faciliter les décisions. Il s’agit notamment de créer des comptes mentaux pour les différents types de dépenses et d’y associer un budget, lequel dépend du montant de ses ressources mais également de leurs types (aux revenus exceptionnels comme un bonus, dépenses exceptionnelles).

Le problème est que la comptabilité mentale est approximative et donc facilement manipulable par l’individu lui-même. Des revenus extraordinaires (un intéressement plus fort que prévu) peuvent être utilisés pour justifier des dépenses exceptionnelles plusieurs fois de suite et pour un montant bien supérieur. Des dépenses ambigües (un dîner au restaurant est-il une dépense d’alimentation ou de loisir?) vont être attribuées au compte qui permettra de la justifier dans l’instant, quitte à ce que celui-ci se retrouve mécaniquement négatif plus tard dans le mois. Le principe de plaisir avant le principe de réalité.

En période de vaches maigres, il faut donc apprendre à faire preuve de… discipline budgétaire. Le ministère des finances cortical n’étant pas parfaitement compétent, il parait raisonnable d’y adjoindre des mécanismes de contrainte ou d’accompagnement. Les nouvelles technologies peuvent fournir une aide précieuse pour une gestion en temps réel, par exemple les différentes applications sur smartphone de gestion de budget (Bankin, Visual Budget ou celles proposées par les grands réseaux bancaires). Des méthodes plus traditionnelles peuvent aussi faire l’affaire, comme déterminer son budget hebdomadaire de dépenses discrétionnaires, le retirer en cash et… laisser sa carte bancaire dans un tiroir ! Les études académiques montrant que la propension à consommer est plus faible pour le cash par rapport aux autres moyens de paiement, il pourrait même rester un peu d’épargne à la fin du mois.