La finance comportementale est une branche de la finance (née à la fin des années 1970) qui cherche, de manière empirique (via des questionnaires, des relevés de transactions, des expériences en laboratoire…), à évaluer les comportements des financiers et tester s’ils témoignent ou non d’une parfaite rationalité.

La théorie financière s’est en effet construite depuis un demi-siècle sur l’hypothèse de rationalité des individus et sur son corolaire macroéconomique, l’efficience des marchés. Ce paradigme scientifique a permis de faire avancer considérablement les savoirs concernant la valorisation des actifs financiers. Il a montré également ses limites. Les tests empiriques invalidant les prédictions du modèle théorique s’accumulent depuis trente ans, au point d’inciter les chercheurs à en relâcher les hypothèses.

Pour qui en douterait, les résultats des études empiriques menées par les chercheurs en finance comportementale concluent que les investisseurs, individuels ou professionnels, ne sont pas pleinement rationnels. Leurs comportements affichent au contraire de nombreux biais, lesquels peuvent être cognitifs, émotionnels et sociaux et ils témoignent de préférences complexes vis-à-vis du risque.

Parmi les comportements les plus souvent documentés, on peut citer à titre d’exemples:

  • Pour les biais cognitifs :
    • Le biais de représentativité (la tendance à extrapoler à partir d’échantillon de taille limitée)
    • Le biais de disponibilité (privilégier les informations facilement disponibles à l’attention et la mémoire)
    • Le biais de confirmation (privilégier les informations qui confirment nos croyances initiales)
  • Pour les biais émotionnels :
    • L’excès de confiance (surestimer ses capacités)
    • Le biais affectif (favoriser les actifs à qui l’on associe des affects positifs)
    • Le biais de l’autruche (fuir les informations déplaisantes)
  • Pour les biais sociaux :
    • Les comportements moutonniers (délaisser son information privée pour suivre le comportement des autres)
    • Le faux consensus (croire à tort que les autres partagent notre point de vue)
  • Pour les préférences en matière de risque :
    • L’effet de disposition (vendre plus vite ses positions gagnantes que perdantes)
    • L’aversion aux pertes (ressentir plus fortement les pertes que les gains)
    • L’aversion au regret (privilégier les options qui minimisent le regret présent ou futur)

Longtemps snobée par les partisans de l’approche standard, la finance comportementale s’est imposée grâce à une méthodologie stricte qui lui permet d’éviter les pièges de la psychologie intuitive et aux passerelles qu’elle a su construire entre la psychologie individuelle et les comportements agrégés des marchés. L’apparition récente de modèles comportementaux d’évaluation des actifs devrait rendre possible sa fusion avec le courant classique, de sorte qu’à terme il pourrait ne plus exister de finance à proprement parler comportementale.

L’intérêt de la finance comportementale pour les praticiens des marchés (particuliers et professionnels) est double. D’une part, elle permet de mieux analyser son comportement, de savoir reconnaitre les situations à risque et de mettre en place des stratégies de débiaisement (au moins pour certains biais). D’autre part, elle permet de comprendre la dimension psychologique des cycles de marché et, éventuellement, d’appliquer des stratégies qui en tiennent compte.