L’économie générationnelle n’est pas à proprement parler une discipline. Il s’agit plutôt d’un thème de recherche en économie qui s’intéresse à l’étude des conséquences intergénérationnelles des politiques publiques et, par extension, aux transferts entre classes d’âge qui s’opèrent par l’intermédiaire des prélèvements fiscaux et des dépenses budgétaires.

Ce thème de recherche est on-ne-peut-plus d’actualité dans les pays occidentaux où l’explosion de la dette publique pose inéluctablement la question de l’équité et de la soutenabilité intergénérationnelles des politiques publiques. Mais la dette n’est qu’un indicateur parmi d’autres pour évaluer l’équité intergénérationnelle. Au-delà de la seule progression de la dette, il est pertinent de s’intéresser également à la variation de l’actif des administrations publiques ainsi qu’à l’évolution de la situation économique des ménages (revenus, patrimoine, logement, emploi…) de génération en génération.

Les comparaisons intergénérationnelles doivent, pour être justes, être menées sur l’ensemble de la vie des individus. Des comparaisons plus ponctuelles empêcheraient en effet de distinguer un effet de génération d’un éventuel effet de date. En cela, les comparaisons intergénérationnelles ne peuvent qu’être a posteriori. Néanmoins, des comparaisons à certains points-étapes de la vie (l’entrée dans la vie active, la retraite…) sont en elles-mêmes lourdes d’enseignements et susceptibles d’appeler à des changements radicaux de politiques publiques.

C’est notamment le cas des observations de la situation de la jeunesse à plusieurs époques. La situation économique que connaît la jeunesse aujourd’hui en France n’a en effet plus rien de comparable avec celle qu’ont vécue les générations entrées dans la vie active durant les Trente Glorieuses :

  • la dette publique par habitant (27 000 euros) a été multipliée par cinq depuis la fin des années soixante-dix ;
  • le taux de chômage des jeunes (23 %) par quatre ;
  • le taux d’effort des jeunes pour se loger (25 % du revenu) par deux ;
  • le risque de déclassement social par un et demi.

A l’appauvrissement relatif des jeunes fait écho l’enrichissement des ménages français pris dans leur ensemble, notamment les actifs séniors et les retraités dont le niveau de vie est désormais meilleur en moyenne que celui des actifs, aux antipodes de la grande précarité dans laquelle les retraités étaient versés au sortir de la Seconde Guerre Mondiale. Les destins croisés de ces deux classes d’âge sur plusieurs générations sont liés aux politiques publiques menées depuis plus de trente ans et traduisent un choix de société.

La génération qui arrive aujourd’hui à l’âge de la retraite y parvient au terme d’une trajectoire économique relativement  privilégiée par rapport aux générations qui l’ont précédée et aussi, selon toute vraisemblance et de manière bien plus choquante, par rapport aux générations qui la suivent. De quoi suspecter une inéquité de traitement intergénérationnelle par la puissance publique.