L’économie du bonheur est une branche récente de l’économie qui se trouve être en plein essor depuis les années 1990-2000. Véritable discipline académique, elle s’évertue à observer et analyser les déterminants économiques du bien-être subjectif des individus tel qu’il est déclaré dans les enquêtes.

L’économie du bonheur s’inscrit dans une longue tradition initiée au 19ème siècle par des économistes (comme l’anglais Francis Edgeworth) qui considéraient alors qu’il était possible de mesurer directement le bien-être des individus. Cette tradition a néanmoins été cantonnée aux seconds rôles au 20ème siècle, durant lequel l’obsession des économistes était de modéliser les comportements rationnels des individus plutôt que d’évaluer et comprendre la satisfaction que les individus tiraient de leurs comportements réels, qu’ils soient rationnels ou non.

Les économistes ont longtemps été réticents à s’intéresser au bien-être et aux préférences des individus puisque, d’une part, ces dernières étaient jugées a priori comme étant inobservables (seuls les comportements sont observables) et donc impossibles à analyser et, d’autre part, elles étaient censées être révélées par les décisions prises. Et, suivant cette logique, il n’y aurait effectivement rien à dire sur le bonheur. Si les individus étaient pleinement rationnels, ils prendraient en effet les décisions qui maximisent leur bien-être. Point final.

Pourtant, de nombreuses recherches depuis les années 1970, rassemblées au sein de l’économie comportementale, ont montré que la rationalité des économistes est une chimère et qu’il est tout à fait possible, voire probable, que les individus ne prennent pas les décisions qui maximisent leur bien-être. Qui plus est, celui-ci peut bel et bien être mesuré, à partir d’enquêtes subjectives sur le bonheur déclaré. Il y a un certain nombre d’éléments qui suggèrent que les réponses données dans ces enquêtes sont relativement fiables, assez pour nourrir une réflexion académique rigoureuse sur les déterminants du bonheur.

Quelques travaux empiriques pionniers avaient bien ouvert la voie dans la deuxième partie du 20ème siècle comme ceux de Richard Easterlin sur la relation ambigüe entre revenus et bonheur (dès les années 1970) ou ceux sur la satisfaction au travail (Hamermesh à la fin des années 1970) et les conséquences de ces résultats sur la mesure théorique du bien-être (Van-Praag) et sur la définition des politiques publiques (Richard Layard au début des années 1980).

Il aura fallu néanmoins attendre le tournant du siècle et l’intérêt croissant, entre autres, des psychologues pour une psychologie hédonique (qui s’intéresse au plaisir) voire une psychologie positive (qui regarde l’épanouissement des individus) pour que ces économistes hétérodoxes trouvent un corpus théorique susceptible d’appuyer leurs propres travaux.

Depuis lors, ces économistes « déviants » se sentent de moins en moins seuls… Les recherches affluent de toutes parts concernant la relation entre la situation particulière des individus (leurs revenus, leur niveau de consommation, leur statut face à l’emploi…) ou l’environnement macroéconomique (le niveau de la croissance, des inégalités, du chômage, de l’inflation…) et le bonheur que les individus rapportent lorsqu’on les interroge. Ce bonheur est estimé à partir des réponses à des questionnaires, lesquels portent la plupart du temps sur la dimension cognitive du bonheur (la satisfaction de la vie), sur sa dimension émotionnelle (les émotions positives et négatives au quotidien) ou sur les deux composantes à la fois.

Les observations qui sont faites dans ces multiples études nous amènent à nous questionner sur le bien-fondé de nos choix économiques en vue d’atteindre le bonheur. Faisons-nous ce qu’il faut pour être heureux ?