Mario Monti a laissé entendre il y a quelques jours qu’il préparait une profonde réforme du marché du travail italien. La réforme visera à diminuer la rigidité du droit du travail et réduire la multitude des contrats de travail actuellement proposés. Elle devrait contenir la création d’un contrat de travail unique à droits progressifs et une procédure de divorce à l’amiable entre le salarié et l’employeur sur le modèle de la rupture conventionnelle française.

L’objectif affiché de la réforme est de favoriser l’emploi des jeunes, une population marquée en Italie par un taux de chômage dramatiquement élevé (31% pour les moins de 25 ans). En effet, l’existence d’une forte protection de l’emploi est connue pour avoir un certain nombre d’effets secondaires négatifs. Certains touchent toute la population : des périodes de chômage plus longues que dans les autres pays et, ce qui est un peu paradoxal, un sentiment… d’insécurité face à l’emploi. D’autres effets secondaires affectent plus particulièrement certaines catégories de la population, en premier lieu les jeunes : un taux d’emploi faible (jeunes, femmes et séniors) et un taux de précarité élevé (jeunes, femmes). En France, le taux de chômage des jeunes (moins de 25 ans) est ainsi 3 fois plus important que celui des classes d’âges intermédiaires (25-49 ans), comme le taux de contrats précaires (CDD ou intérim).

La France va-t-elle emboiter le pas à l’Italie ? Si elle venait à abroger les CDD (créés en 1979 pour imprimer un peu de flexibilité dans un environnement marqué par la stagflation) et adopter un contrat de travail unique avec des modalités de licenciement simplifiées par rapport au CDI actuel, elle suivrait alors les recommandations d’un certain nombre d’économistes depuis plusieurs années (rapport Tirole-Blanchard de 2003, rapport Cahuc-Kramarz de 2004…) et, plus récemment, la proposition émise par l’Association Nationale des DRH.

S’il empruntait ce chemin, le futur président se heurterait nécessairement aux syndicats qui s’opposent à une telle réforme perçue comme généralisant la précarité.  Pourtant, si l’abaissement de la protection de l’emploi conduit effectivement à augmenter pour les salariés le risque de perdre leur emploi, elle augmente également la probabilité de retrouver rapidement un emploi en cas de chômage, si bien que le taux de chômage dans les pays à protection faible n’est pas plus élevé que dans les pays à protection élevée. Et le sentiment de sécurité face à l’emploi significativement supérieur. A méditer.