CONFERENCE – Le 29 mars 2019 – Dans le cadre de la Semaine de l’épargne salariale, j’ai pu aborder, lors d’une conférence au siège d’AXA avenue Matignon à Paris, les différents obstacles psychologiques qui empêchent d’épargner et de bien épargner pour sa retraite.

Petit compte-rendu des points abordés.logo axa

Pourquoi est-il si difficile d’épargner pour la retraite ?

  • Parce que l’humain a une préférence innée pour le présent
  • Parce que l’humain a généralement un biais optimiste le concernant: il pense que tout se passera bien au final, comme par magie. Donc qu’il n’a pas besoin de se soucier de sa retraite aujourd’hui et qu’il aura bien le temps de trouver une solution dans le futur…
  • Parce que l’humain manque d’empathie pour son moi futur. La personne que l’on sera à la retraite nous parait très éloignée de la personne que l’on est, un peu comme un étranger. Son portrait est flou, incertain. Pourquoi dès lors se priver pour elle ?

Pourquoi est-il si difficile de bien épargner pour la retraite ?

  • Parce que nos décisions sont trop influencées par l’environnement de marché immédiat. On a tendance à ne pas vouloir prendre de risques quand le marché vient de baisser et à vouloir en prendre trop quand il vient de monter.
  • Parce qu’observer le risque de perte à court terme nous fait surestimer le risque à long terme et nous oriente vers des actifs sans risque de manière excessive. Comme si le risque observé sur une très courte période augurait du risque pour son épargne sur plusieurs dizaines d’années…
  • Parce que la surcharge d’information et d’options de placement disponibles nous laissent souvent perplexes, nous incitant à la procrastination ou à la sélection d’options par défaut sans risque mais à rentabilité très faible également…
  • Parce que beaucoup d’épargnants ignorent comment construire une allocation d’actifs adaptée à leur horizon de placement et leur tolérance au risque. Une erreur classique est de négliger les corrélations entre actifs et de procéder à une diversification naïve qui fait dépendre la décision d’allocation de la présentation des options disponibles, entraînant des erreurs et des malentendus…

« Nudger » les comportements d’épargne, ou l’art de l’influence utile et subtile

  • Quelques nudges « softs » qui influencent l’épargnant mais le laissent agir
    • Augmenter sa connexion avec le soi futur en lui montrant une image de lui à la retraite via des apps de morphing / le faire jouer à des jeux impliquant des avatars vieillis / lui faire faire des exercices d’imagination de ce qu’il sera dans le futur
    • Changer le cadrage de la décision et de l’information
    • Introduire une dimension ludique à l’épargne, par exemple en offrant un ticket de loterie au-dessus d’un certain montant d’épargne durant le mois
    • Créer des fonctionnalités qui permettent d’épargner impulsivement comme on consomme impulsivement
  • Des nudges plus « hard » qui misent sur l’absence d’action de la part de l’épargnant
    • L’enrôlement automatique des salariés (opt out)
    • L’escalade automatique des contributions dans le futur, afin de déjouer la préférence pour le présent

Conclusion : sans même s’en apercevoir, les entreprises influencent les choix d’épargne de leurs salariés. inconsciemment, leurs salariés leur prêtent un rôle de conseil qu’elles n’ont pas réclamé. Autant aiguiller les salariés en toute connaissance de cause et intelligemment.